Anti-libéraux: unissez vous!
Fete de l’Humanité
Antilibéraux, unissez-vous !
Comment battre la droite et ne pas renouveler l’expérience d’une gauche qui déçoit ? 2007 a dominé tous les débats.
La voix nouée par l’émotion, une jeune fille, micro en main, expose très simplement son désarroi : « J’ai très peur de Sarkozy, et il n’y aurait pour s’y opposer que Ségolène Royal ? Je n’ai pas envie de voter pour elle. Faites quelque chose pour nous offrir une autre possibilité. » Cette question lancée dimanche matin aux responsables des partis de gauche réunis sur une même tribune, de la LCR au parti socialiste, taraudait bien des participants à la Fête de l’Humanité en cette rentrée 2006. Cette question et quelques autres, ont alimenté les conversations entre amis, entre militants dans les stands et les allées : comment faire pour que la gauche rompe avec le cycle infernal « vote utile », déception et retour de la droite ? Comment donner un prolongement au rassemblement citoyen qui avait conduit au rejet de la constitution libérale de l’Union européenne ? Dans son édition 2004, le rendez-vous de La Courneuve s’était révélé le point de départ d’un mouvement dont il était alors difficile, a priori, de prévoir l’issue. Plusieurs participants aux multiples forums, organisés ou informels, n’ont pas manqué de rappeler qu’alors, le texte de la constitution Giscard était inconnue de l’opinion publique, que le « oui » caracolait à 65 % dans les sondages. Un an plus tard, tous les acteurs de la victoire du « non » se retrouvaient au même endroit, partageant une commune satisfaction d’avoir enfoncé un coin dans la suprématie du libéralisme.
À huit mois des élections présidentielle et législatives, beaucoup reste à faire. Et certains militants communistes, qui se sont déployés sans compter dans la bataille du « non », s’impatientent, s’inquiètent du nombre de postulants à la candidature à gauche du PS et rongent leur frein pour partir à la bataille. « Dans la gauche antilibérale, certains veulent tout sauf une candidature issue du PCF et d’autres veulent rompre toutes relations avec le PS. Je ne suis d’accord ni avec les uns ni avec les autres », soupirait un militant, résumant un doute, perceptible au début de la Fête, mais ne traduisant pas toutefois pas un climat général qui semble même avoir évolué vers un plus grand esprit de confiance au fur et à mesure du déroulement des débats et des rencontres.
La mise sur pied de nouveaux collectifs unitaires et pluralistes devrait connaître une accélération, tel est le souhait largement partagé. Dans nombre de départements, reconnaissent des responsables locaux, on n’en est qu’au début, même si déjà cinq cents collectifs existent déjà. « Nous avons retrouvé la plupart des militants du "non", et nous allons nous réorganiser au plus vite » assurait un couple de militants communistes de Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis). Au stand de PRS de Jean-Luc Mélenchon, des socialistes du « non » témoignaient de la qualité du « travailler ensemble » avec les militants communistes. « Si on réussit à nous unir, on peut créer la surprise, comme au 29 mai. ». Ce militant communiste du Cher en est convaincu, « à condition de se concentrer sur le contenu et non sur le casting ».
Et pourtant, nul ne le nie, la question du choix de la personnalité qui incarnera le rassemblement antilibéral préoccupe le peuple de la Fête. Marie-George Buffet, José Bové, Clémentine Autain, et depuis vendredi dernier Patrick Braouezec, cela donne à beaucoup une impression de trop-plein qui rappelle la situation du PS. Nombreux sont les participants à la fête à exprimer leur souhait de voir Marie-George Buffet porter les couleurs du rassemblement. Et puis il y a la candidature souvent qualifiée de désunion d’Olivier Besancenot, et ses positions d’exclusive à l’encontre du PS, qui suscitent hostilité et amertume chez les militants de toutes tendances, comme l’a montré le tollé provoqué par la représentante de la direction de la LCR lors de la réunion, dans une salle archicomble du collectif national pour des candidatures unitaires. Olivier Besancenot semblait conscient du malaise ainsi créé dans un climat de forte aspiration à l’unité. Interrogé par l’Humanité, il a affirmé qu’il serait prêt à retirer sa candidature en faveur « de José Bové » (absent de la Fête - NDLR), ou même de Marie-George Buffet, car il « n’oublie pas qu’elle (lui) a donné une partie de son temps de parole à la télévision pendant la campagne référendaire », à condition que des « éclaircissements » soient apportés à la LCR. Il s’agit en fait de l’exigence rappelée par Alain Krivine en présence d’Henri Emmanuelli (PS) : « aucun accord ni gouvernemental, ni même parlementaire avec les dirigeants socialistes. » Une position suicidaire qui reviendrait à écarter d’emblée « toute possibilité pour le peuple de bouger les lignes » dénonçait Patrice Cohen-Séat pour le PCF.
Alors que les coups pleuvent contre le monde du travail, que Nicolas Sarkozy veut une rupture ultralibérale et promet en politique étrangère un alignement total sur Washington - ce qui a amené Marie-George Buffet à parler du « petit Bush français » - c’est toute la gauche qu’il faut bouger et non se borner à une posture de témoignage. Autre moment significatif de la fête, l’accueil réservé par le public à la dirigeante communiste face à la presse. Rappelant l’engagement de son parti dans l’union populaire, elle a souligné que le PCF pouvait être « une belle ossature pour que le rassemblement soit solide ». En 2007, comme lors du référendum du 29 mai.
Jean-Paul Piérot ( Article du journal l'Humanité )